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Premières pages

Ancien membre du FLN, Mohammed Harbi est historien, professeur à l’université Paris VIII. Il a consacré de nombreux ouvrages à l’histoire du FLN.
Benjamin Stora est spécialiste de l’histoire de la guerre d’Algérie et de sa mémoire. Il est professeur à l’Inalco.

Véritable somme consacrée à la guerre d’Algérie, ce livre rassemble les travaux de plus de vingt historiens. Pour la première fois contribuent ainsi côte à côte des historiens français et algériens, qui reviennent sur les principaux acteurs du conflit, sans laisser dans l’ombre les sujets de controverses – conflit entre FLN et messalistes du MTLD, massacres de harkis. Cet ouvrage éclaire aussi des points moins connus de l’histoire de la guerre d’Algérie, comme le rôle des femmes ou encore les luttes d’influence à l’intérieur de l’armée française. Enfin, il accorde une place substantielle à l’étude des expressions culturelles suscitées par la guerre, à l’institution des mémoires, au chantier des archives.

Les contextes historiques d’une élaboration

Le présent volume rassemble des articles publiés dans les années 1980 à la suite de la soutenance de mes deux thèses de 3ème cycle, l’une en histoire à l’École des Hautes Études en Sciences sociales, l’autre en sociologie à Paris VII1 , où j’ai enseigné cette discipline de 1981 à 1986. Ces deux thèses traitaient de sujets complémentaires : Messali Hadj, père du nationalisme algérien, et les militants des organisations qu’il a fondées.La première a été publiée sous une forme allégée en 19822 .  Dans la seconde thèse, de sociologie, soutenue en 1984 à l’université de Paris 7, j’ai rassemblé systématiquement des données biographiques (dates et lieux de naissance, origines sociales, itinéraires professionnels et politiques...) de tous les dirigeants de l’Étoile nord-africaine (ENA) fondée en 1926, du Parti du Peuple Algérien (PPA) fondé en 1937, et du Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques (MTLD) fondé en 1946, que j’ai pu identifier. Toutes ces données biographiques ont été rassemblées pour la publication d’un dictionnaire biographique paru en 19853 .
 
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LE DEUIL INACHEVE DE L’EMPIRE COLONIAL   

Harkis, pieds noirs, descendants d’esclaves ou petits enfants de colonisés… La guerre des mémoires enfle. Chaque communauté, réelle ou autoproclamée, réclame une stèle, un mémorial, une loi. Pourquoi ce débat s’est-il réveillé  depuis quelques années ?

La France compte, aujourd’hui, sept à huit millions de personnes issues des anciennes colonies, soit deux fois plus que dans les années quatre-vingt . Les jeunes issus de cette immigration maghrébine et africaine se posent des questions sur leurs origines et les raisons des discriminations dont ils sont victimes  : la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations (Halde) relève dans son rapport 2006, qu’un candidat d'aspect nord-africain a, par exemple, dix fois moins de chances d'obtenir un logement qu'un candidat dit « de référence », à revenu, emploi ou situation de famille égales,

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Les instruments de la mémoire

« La mémoire, nous rappelle Michel de Certeau, est faite d’éclats particuliers. Or les éclats ont la faculté de se répandre au loin, et de refaire surface là où on ne s’attend pas à les trouver. Une quête systématique permet d’en rassembler quelques-uns, mais laisse toujours échapper des fragments dispersés. »
Lucette Valensi, Fables de la mémoire

La guerre d’Algérie est longtemps restée en France une guerre sans nom. Le 10 juin 1999, l’Assemblée nationale française reconnaissait le terme de « guerre d’Algérie » pour caractériser cette période de l’histoire 1. La France s’était enfin décidée à parler de guerre. Près de quarante ans après la conclusion de celle-ci, l’exigence de reconnaissance était devenue trop forte dans la société française pour que les euphémismes puissent persister. L’aspect traumatique de ce conflit, avec tout ce qui touche au domaine des mémoires, a traversé l’ensemble des générations, notamment celle des enfants de l’immigration algérienne en France. Le fait de reconnaître cette guerre a ouvert une nouvelle période difficile à traiter, et aux conséquences incalculables. Se confrontent encore les réclamations des soldats, des harkis, des pieds-noirs, mais aussi des Algériens, de tous les protagonistes et de toutes les victimes de cette tragédie coloniale aux effets encore sensibles.
Le problème de terminologie n’est pourtant pas vraiment réglé concernant la dénomination de cette guerre. Le mot utilisé n’est pas le même sur les deux rives de la Méditerranée. En Algérie, il est possible d’évoquer une guerre de libération, une guerre d’indépendance, une révolution algérienne. En France, après avoir longtemps parlé « d’événements », d’opérations de police, reconnaît-on vraiment la guerre ? Dans la loi du 10 juin 1999, il est question de guerre d’Algérie et non de guerre en Algérie. Dire guerre en Algérie, ce serait reconnaître alors une guerre entre deux pays séparés. Mais l’Algérie n’était pas séparée de la France à l’époque coloniale, formant trois départements intégrés au territoire national. Charles-Robert Ageron, dans sa monumentale Histoire de l’Algérie contemporaine 2, a magistralement reconstitué toutes les circonstances compliquées de ce rattachement progressif de l’Algérie à la France. Les querelles de mots ont leur importance car ceux-ci traduisent et forgent les imaginaires. Il en est de même des titres d’ouvrages consacrés à cette période brûlante pour dire, nommer, caractériser cette guerre 3.
Les catastrophes et le travail historique
sur la mémoire
Le travail récent des historiens sur la mémoire de la guerre d’Algérie ou les représentations liées à l’histoire coloniale 4 s’inscrit dans le sillage des travaux du sociologue Maurice Halbwachs sur La mémoire collective et Les cadres sociaux de la mémoire. Il se situe également dans le prolongement de l’école historique française émergeant à partir des travaux de Pierre Nora autour de l’ouvrage Les lieux de mémoire, dans les années 1980. Ce travail historique porte sur les constructions d’espaces culturels ou de commémoration (cimetières, palais nationaux...) autour desquels s’enracine la mémoire coloniale 5.
Mais cet exercice historique sur la mémoire trouve surtout son ancrage dans d’autres territoires, dans les moments de rupture de l’histoire, les « moments-catastrophe ». Les guerres ou les génocides, en provoquant de graves traumatismes, ont donné à la question de la mémoire une grande acuité. Ce que Sigmund Freud avait bien établi, dès 1915, dans ses Essais de psychanalyse 6 : « En proie à une rage aveugle, la guerre renverse tout ce qui lui barre la route, comme si, après elle, il ne devait y avoir pour les hommes ni avenir, ni paix. Elle rompt tous les liens faisant des peuples qui se combattent actuellement une communauté, et menace de laisser derrière elle une animosité qui, pendant longtemps, ne permettra pas de les renouer. »

Hommage à Benjamin Stora, Mucem, Marseille, 31 mai 2018

2018 31 mai Stora Mucem 1

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