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L'image

Contrairement à une idée reçue selon laquelle la guerre d'Algérie aurait été un conflit sans images, de nombreux films se sont penchés sur les "événements". Du Petit Soldat de Godard à Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier, de La Bataille d'Alger de Gillo Pontecorvo à R.A.S. de Yves Boisset, jusqu'à une flopée de documentaires dans les années 90 (Les Années algériennes, La Guerre sans nom...), les images sur la guerre d'indépendance existent et circulent. Mais, par-delà ces traces, doublées d'un important travail historiographique, il reste que la guerre ne s'est pas conclue sur ce que Benjamin Stora appelle un "consensus mémoriel".

Une page d'histoire cruciale

La concurrence des "mémoires blessées" - indépendantistes, harkis, pieds-noirs, soldats, nostalgiques de l'Algérie française... - n'a cessé de s'amplifier, de sorte que les souvenirs des combats et des morts (500 000 environ durant les sept années du conflit) attisent les controverses et les douleurs encore à vif. Apaiser, comprendre, s'approprier, restituer... : l'oeuvre prolifique de Benjamin Stora, dont les blessures intimes se mêlent à la rigueur de la recherche, emprunte toutes ces directions.

Né en Algérie en 1950, "rapatrié" en 1962, l'historien a grandi avec la guerre, avant de l'objectiver dans ses livres et ses films. On retrouve son empreinte dans de nouveaux documentaires, diffusés sur France 2 et Arte cinquante ans après la signature des accords d'Evian. (…..).

Benjamin Stora se prête à un exercice complémentaire dans le très beau film d’Arte, Algérie, notre histoire. Sur un mode plus intime et plus incarné, l’historien revient sur sa propre expérience durant la guerre, qu’a aussi traversée, comme soldat du contingent, le réalisateur Jean-Michel Meurice. En croisant leurs souvenirs communs, ainsi que ceux d’autres témoins, dont l’écrivain Pierre Guyotat, Meurice fait le pari d’une double confession, sincère, à fleur de peau et nourrie par la réflexion d’un engagement en faveur de la vérité historique.

Les états d’âme de toute une génération d’hommes

Magnifiquement écrit, au parfait point de jonction entre le tragique et le pudique, la grande histoire et la traversée personnelle, son film traduit les états d’âme de toute une génération d’hommes, nés entre 1932 et 1943, poussés à faire une guerre dont ils contestaient intérieurement la légitimité et qui, après 1962, préférèrent la mettre sous le tapis… Avant que les blessures enfouies ne refassent immanquablement surface : Meurice mesure le poids de ce retour du refoulé, trouvant le chemin libérateur, mettant à distance la culpabilité et la douleur, apaisées par la réflexion et la mise en récit. Son histoire est aussi la nôtre, celle de tout un peuple confrontant son aveuglement passé à la vérité de l’histoire.

Par-delà les souffrances endurées durant sept ans par tous les “acteurs” de la guerre d’Algérie, demeure l’évidence que le système colonial français ne pouvait perdurer dans le contexte d’une aspiration générale des peuples dominés à leur indépendance.

Jean-Marie Durand

Hommage à Benjamin Stora, Mucem, Marseille, 31 mai 2018

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