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Comptes rendus d'ouvrages

 

Compte-rendu de l’intervention de Benjamin Stora au lycée Alfred Nobel, de Clichy Sous Bois, sur « les mémoires de la guerre d’Algérie ».
Etabli Mme PANCRATE, Professeur d’histoire et géographie au Lycée Polyvalent Alfred Nobel, Clichy Sous Bois, et Mme AISSAOUI, Professeur de lettres-histoire au Lycée Polyvalent Alfred Nobel, Clichy Sous Bois.

Le mercredi 10 avril 2013, dans le cadre d’un projet sur les mémoires et le patrimoine mené par deux classes de Terminale générale et professionnelle du lycée Alfred Nobel de Clichy- Sous-Bois, M.STORA est intervenu sur la question des mémoires de la guerre d’Algérie, question fort sensible, encore enjeu de débats comme ce fut le cas ce jour.

Dans un amphithéâtre d’une centaine d’élèves, dont le silence  démontrait encore l’intérêt et l’actualité de cette question, Benjamin Stora évoque d’abord un conflit aux appellations plurielles : guerre « sans nom » côté français, et « guerre de libération » de l’autre côté de la Méditerranée. Puis, il aborde les réactions des sociétés française et algérienne par rapport à cette guerre de décolonisation, ses enjeux mémoriels : pour l’ancienne métropole, la perte de l’Algérie achève une histoire longue de près d’un siècle et demi qu’il faudra oublier alors que pour le jeune Etat-nation, cette guerre marque le début d’une histoire marquée par l’hypermnésie qu’il faudra sans cesse légitimer. M. Stora énumère ensuite les groupes mémoriels que constituent les cinq à six millions de personnes concernées par cette histoire. Il conclut sur le constat de la difficile réconciliation de ces groupes, qui confine au cloisonnement mémoriel.

La parole est donnée aux élèves. La première question interroge le devenir des lois dites « mémorielles » de 2005 sur le rôle positif de la colonisation.  M. Stora précise que sous la pression des historiens, l’article 4 sur l’enseignement du rôle positif de la colonisation a été abrogé en 2006. En revanche, il insiste sur le fait que certains éléments de cette loi, comme celui concernant le traitement des anciens membres de l’OAS, ont été maintenus alors qu’ils auraient dû nourrir davantage le débat.
Lydia, 1ère S, demande assez spontanément ce qu’il en est des Harkis. Benjamin Stora rappelle le rôle de ce groupe pendant la guerre et les raisons, davantage sociologiques et économiques qui ont conduit à leur engagement dans les forces françaises supplétives.
Certaines questions ont porté sur la spécificité du statut colonial de l’Algérie et de son indépendance par rapport aux autres colonies, comme les protectorats du Maroc, du Sénégal… Benjamin Stora associe la situation particulière de l’Algérie à son statut administratif de département, relevant de l’autorité du ministère de l’Intérieur : « c’est une prolongation du territoire français », insiste t-il, caractérisée par une colonisation de peuplement avec un million de pieds noirs, dont le poids numérique n’a pas d’équivalent dans les autres colonies.  Il s’attarde aussi sur la société inégalitaire générée par la colonisation de l’Algérie, alors que les Algériens n’ont reçu que très tardivement le droit de vote. Pour finir, une élève de TS, Aminetou, interpelle M. Stora sur les relations entre la France et l’Algérie depuis la décolonisation, elle s’étonne qu’à l’instar de l’amitié franco-allemande, celles –ci ne soient pas marquées par davantage de résilience. Par ailleurs, elle se demande si l’absence de relations diplomatiques ne résulte pas d’une volonté politique d’un maintien de l’impérialisme français. M. Stora insiste sur la différence d’appréhension du pardon ou de la repentance. En effet, les termes n'ont pas le même sens  des deux côtés de la Méditerranée pour des raisons culturelles et religieuses.
L’ensemble des personnes présentes à la conférence furent ravies de ce moment partagé avec Benjamin Stora, autour d’un thème que les élèves de Nobel ne se résignent pas à voir ronger par la « gangrène et l’oubli »…

Mme PANCRATE, Professeur d’histoire et géographie au Lycée Polyvalent Alfred Nobel, Clichy Sous Bois
Mme AISSAOUI, Professeur de lettres-histoire au Lycée Polyvalent Alfred Nobel, Clichy Sous Bois

pdfArticle paru dans Le Parisien le 12/04/2013 sur intervention de Benjamin Stora au lycée Alfred Nobel, de Clichy Sous Bois.

Hommage à Benjamin Stora, Mucem, Marseille, 31 mai 2018

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