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2012 8 oct khaled benjamin cite de limmigration ©mediapartDocumentariste, militant de nombreuses causes, il avait participé au lancement de Radio Beur en 1982. Il avait 64 ans.

Il était la joie de vivre dans les discussions entre militants, l’animateur infatigable des réunions interminables, l’organisateur minutieux des manifestations à entreprendre, Khaled Melhaa est décédé à l’âge de 64 ans.

Jeune, vraiment jeune, disent tous ses amis et camarades qui l’ont croisé, fréquenté au moment de ses innombrables activités : la marche pour l’égalité en 1983 ou 1984 ; les animations à Radio Beur qu’il avait contribué à fonder avec Mouloud Challa ou Nacer Kettane, en 1982 ; les meetings à Paris pour la défense des prisonniers politiques en Algérie ou le combat pour les droits des femmes contre le code de la famille ; les alertes lancées autour de la mort de Malik Oussekine en 1986 ; les réunions politiques contre la réforme du code la nationalité ou les atteintes aux droits des immigrés dans la création des premiers centres de rétention en 1985-1988 ; et les demande de justice, de vérité pour les massacres d’Algériens à Paris le17 octobre 1961, avec l’association « Au nom de la mémoire » fondée par Mehdi Lalaoui et Samia Messaoudi et lui-même… Dans ces années 1980, Khaled fait partie de ces jeunes encore élevés dans l’idée de « retour » au pays. Il s’engage pourtant directement dans la vie politique française, en devenant militant trotskiste, de la LCR, puis de l’OCI, qu’il quittera en 1985. Il avance avec une avant-garde politisée aux côtés des mouvements politiques maghrébins en France, dans les luttes de foyer Sonacotra ou dans les comités en faveur d’un Etat palestinien. Les « enfants de l’immigration », comme on les appelait alors, se battent sur le front de l’antiracisme, contre les meurtres d’adolescents dans les cités, et pour l’égalité des droits civiques. Khaled était de ceux qui voulait honorer leurs pères en relevant la tête, en s’engageant avec passion. Sa figure était facilement reconnaissable par son débit de paroles, ses emportements souvent justifiés, et sa générosité extrême envers les plus démunis. Avec un cœur gros comme çà, tous ceux qui l’ont aimé, et ils sont nombreux, vous le diront.

Né à Mostaganem le 25 janvier 1955, en Algérie, Khaled Melhaa n’avait pas un an lorsqu’il est arrivé en France avec ses parents, à Saint Dié des Vosges, où il a grandi dans une fratrie de neuf enfants. Il part en Algérie faire son service militaire, puis revient en France ou il fait différents petits métiers pour vivre : maître nageur, géomètre, vendeur de journaux à la criée, comme le journal Le Monde à la faculté de Vincennes, journal où il deviendra un collaborateur régulier.

Après les émeutes d’octobre 1988 en Algérie et l’effondrement du système du parti unique, il aide au graphisme de la maquette du journal El Watan, et deviendra à Paris le premier correspondant de ce quotidien. Pendant la décennie sanglante des années 1990, Khaled Melhaa refuse de prendre position en faveur du pouvoir et refuse, aussi, la mainmise des islamistes sur la société. A ce moment-là, il s’éloigne de la vie politique organisée. Il quitte le PS qu’il juge bien trop timoré dans la bataille pour le droit de vote aux immigrés, et trop favorable à la guerre du Golfe. Il est désormais, surtout, un journaliste engagé. Dans ses documentaires, comme Soldats de Dieu, il dénonce l’emprise du religieux ; et il critique l’attitude française à propos de l’enquête sur le meurtre d’Henri Curiel. Sur différentes zones de conflits, en Algérie ou au Moyen Orient, il est toujours prêt à épauler ses confrères, à rendre service. Son caractère fort lui donnait une apparence d’invulnérabilité. Alors comment l’imaginer ensuite, frappé par la maladie d’Alzheimer, affaibli et vulnérable ? Il a disparu le 31 juillet 2019, et son corps a été retrouvé cinq semaines après. Je préfère conserver de lui l’image d’un homme décidé, toujours prêt à défendre le monde contre l’injustice, s’insurgeant toujours contre les privilèges et la corruption.

Benjamin Stora. Président du Musée de l’histoire de l’immigration.

Hommage à Benjamin Stora, Mucem, Marseille, 31 mai 2018

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