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le silence briseLe silence brisé, par Annie Stora-Lamarre. Une traversée des mouvements migratoires juifs des mondes perdus
Editions Syllepse, 2024, 20 euros.

Longtemps, Annie Stora-Lamarre est restée mutique sur sa jeunesse à Constantine au temps de la guerre d’Algérie. Comment donner sens au silence paralysé par les violences de la guerre et de l’exil ? Comment initier un mouvement de retour sur soi et pour aller où ? Le récit commence par l’évocation de la guerre d’Algérie dans le quartier juif de Constantine suivie de l’exil à Paris en 1962. Mais il y eut des commencements ailleurs. Une fois posée la singularité de sa traversée constituée en archive de l’intime, devenue historienne du XIXe siècle au terme d’un parcours atypique, l’historienne mène l’enquête.

En dépouillant les archives issues de dossiers de naturalisation à la Préfecture de police, elle découvre une pièce administrative nécessaire à la naturalisation des Juifs d’Europe centrale et orientale arrivés à Paris dans le cadre de la loi du 26 juin 1889 sur la nationalité. Ces Juifs venus de l’Europe orientale étaient arrivés à Paris dans les années 1880-1920 après avoir fui les pogroms perpétrés dans la zone de résidence tsariste. Dans le questionnaire de police, il était demandé le nom, le prénom, l’âge, la nationalité, la situation de famille, la date et le lieu de naissance, la profession, la connaissance de la langue française, les états de service militaire. À ces questions, les Juifs répondent, selon l’expression de l’écrivain hongrois Sàndor Màrai, « bouche cousue ». Ils disent parler parfaitement le français, ne sont engagés dans aucune activité politique et ne connaissent personne ». Leurs réponses faites de blancs et de trous, sont constitutives d’une autocensure qui ne dévoile rien. Les silences du migrant ouvrent à des perspectives narratives comme si elles étaient apprivoisées dans les fictions. La fratrie des frères Singer, Joshua Israël, Isaac Bashevis, leur sœur aînée Esther Kreitman et d’autres encore… éclairent le silence des Juifs partis d’Europe centrale et orientale au temps des migrations de masse du XIXe siècle.
La singularité du livre de l’auteure est d’avoir entrecroisé l’histoire des communautés juives, ashkénazes et séfarades, exilées dans des départs sans retour et qui se fondirent non sans heurts dans la communauté française. Dans sa quête d’historienne, se sont nouées une histoire des douleurs de l’exil, une histoire des cultures juives en Europe centrale et orientale, une histoire de la politique migratoire de la Troisième République. Le silence du migrant juif s’est brisé au miroir de ces histoires.

Annie Stora-Lamarre, professeure honoraire d’histoire contemporaine à la Faculté des lettres de Besançon

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