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Une Algérie de France, forte de 10 à 15 millions d’âmes vit au rythme d’odeurs, de couleurs, de traditions et en même temps de mélanges où s’entremêlent l’histoire, l’amour, l’amitié, parfois les rancœurs mais toujours l’exigence d’un questionnement loin des schizophrénies ambiantes. Qu’on le veuille ou non, une partie de l’histoire de France et une partie de l’histoire d’Algérie se conjuguent. L’Algérie dans nombre de ses aspects est consubstantielle des Français : elle est intrinsèquement liée à leur histoire et ne peut être associée à un avatar exogène dont on a du mal à se débarrasser. Peut-être qu’une des premières exigence serait à l’adresse des Français eux-mêmes qui ont été dupés. De Victor Hugo à Jules Ferry, en passant par Tocqueville, l’état leur a menti, comme mentent aujourd’hui à leurs concitoyens Poutine en annexant l’Ukraine, Erdogan le Kurdistan, la Chine le Tibet. Dès 1830, de nombreuses voix s’étaient élevées pour condamner l’invasion y compris dans l’armée française et chez de nombreux républicains. On a ainsi oublié trop souvent, que pendant 130 ans, ce n’est qu’insoumissions, révoltes, harcèlements, guerres de la part de ce qui allait bientôt devenir la nation algérienne.

Un premier pas

Ainsi, le déclenchement armé de 1954 et la guerre de libération n’ont été que l’ultime aboutissement. Nés dans l’émigration où se côtoient ouvriers algériens et français, dans un même élan républicain, le mouvement national creusera son sillon pour aboutir à la Fédération de France du FLN qui en sera le poumon organisationnel, financier et idéologique. Aujourd’hui c’est cette histoire qui devrait être enseignée à l’école de la République. Loin d’être univoque, elle doit aborder le global et le détail d’un déroulé aux aspects tentaculaires. La paix des consciences sera à ce prix : dans une transversalité et une horizontalité source d’apaisement, de dialogue, de coconstruction d’un avenir commun. Un premier pas a été fait par Emmanuel Macron lorsqu’il parle de « crime contre l’humanité ». Tout est dans cette formule : les excuses, l’impératif dialogue, les nécessaires amitiés. En bref, le besoin et l’envie d’avancer ensemble ! Par ailleurs, il est plus que probable que le président de la République française ne verrait aucun problème à se recueillir au cimetière d’El Alia, d’inaugurer une place du 17 Octobre 1961 à Paris, ou d’accepter de faire entrer (si la famille en était d’accord) Frantz Fanon au Panthéon. A mon sens, c’est dans cette veine qu’il faut y voir le travail de Benjamin Stora : historien de terrain (loin des académismes convenus), Algérien parmi les Algériens (de chair et d’esprit) et surtout, amoureux fou d’une Algérie éternelle qui ne demande qu’à rayonner de ses plus beaux atouts ! Ce rapport est un vaste « coup de pied » dans la fourmilière des non-dits, des aigreurs, des règlements de compte par procuration, des néocolonialismes en tout genre. Benjamin Stora vient nous dire saisissez-vous de votre histoire, quoi que vous fassiez, ou que vous soyez.

C’est ce qu’on attendait...

Il ne donne aucune leçon et offre sa disponibilité aux hommes de bonne volonté. Nacer Kettane – 15 février 2021 « Face à la vérité, les mémoires réconciliées, les destins libérés»Quant à nous, dans l’immigration, dans les communautés algériennes de France, cela fait des décennies que l’on attend cela. Nous sommes habitués des omertas, des opacités, des martyrologues officiels, des moudjahidine de salon qui ont confisqué cette histoire pour mieux asseoir leur pouvoir, attenter aux vraies valeurs de la République algérienne pour laquelle nos parents sont morts. Nous réclamons haut et fort que cette histoire, que notre histoire nous soit restituée. Se draper dans un costume d’indignés quand on passe son temps à piétiner les questionnements et la recherche, condamner en permanence toute tentative de dialogue, c’est entretenir les malentendus, le ressentiment, la méfiance. Seule la vérité rend libre et la liberté c’est aussi de pouvoir dire non comme le clame Kateb Yacine. Au nom de cette liberté de citoyens algériens et français, nous réclamons le droit à la mémoire, à l’exigence morale et intellectuelle. Le rapport Stora qui n’est pas une panacée et loin d’être exhaustif, peut contribuer avec d’autres travaux d’où qu’ils viennent à ouvrir ce chemin. Que d’autres voix se saisissent de ce moment historique où regarder dans le rétroviseur nous permettra peut-être de mieux discerner l’horizon.

Médecin, écrivain, Président fondateur de radio BEUR FM Membre du CESE

Nacer Kettane

Hommage à Benjamin Stora, Mucem, Marseille, 31 mai 2018

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