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Par Benjamin Stora.

J’ai demandé de faire cette communication particulière pour indiquer au Conseil d’orientation que je ne vais pas solliciter de troisième mandat pour la présidence du Musée. Pour avertir, prévenir, expliquer aux membres du Conseil que je vais donc quitter cette Présidence prochainement. Je ne serai pas présent avec vous à la prochaine réunion du Conseil d’orientation qui, théoriquement, devrait avoir lieu peut-être au printemps 2020.

C’est pour cela que je voulais m’exprimer sur quelques points devant vous, et non pas dresser un long  bilan. Pour vous expliquer quel a été mon objectif et ce que j’ai pu mettre en œuvre pendant ma présidence. Et aussi, peut-être, tracer quelques pistes de réflexions, que j’ai  déjà commencé à esquisser avec vous.

Si j’ai décidé d’arrêter cette belle aventure, c’est surtout parce que j’ai l’envie de reprendre et de poursuivre ma vie antérieure de chercheur, d’universitaire, de voyageur. D’écrire des livres, pour l’année 2022 qui sera une année d’anniversaire de l’indépendance de l’Algérie. Dès à présent, je suis sollicité pour préparer et réfléchir sur cet évènement qui continue, comme vous le savez, de travailler en profondeur la société française.  Et qui a été pendant plus de quarante ans le centre de ma vie intellectuelle. Il s’agit de reprendre ce chemin-là. Il y a d’autres motivations, d’autres volontés de ma part.

D’abord, le fait de ne pas m’installer dans une sorte de bureaucratisation institutionnelle lorsque l’on engage une action comme celle-là, et qui est liée directement à la politique. Je ne veux pas vivre de cette fonction, pourtant bénévole.  Je ne suis jamais resté bien longtemps dans différents lieux, par exemple ceux de l’enseignement. Je vais vous en énumérer quelques-uns que j’ai pu fréquenter, puisque j’ai été Professeur successivement à Paris VII, à Paris VIII, à l’INALCO, à Sciences Po, à Paris XIII, à Berlin, à New York, à Hanoï et à Rabat. Dans tous tous les lieux,  je suis resté, entre quatre et sept ans en moyenne.

 De la même manière, pour le Musée de l’histoire de l’immigration, il s’agit pour moi de ne pas rester davantage dans cette belle institution. Je vais rentrer dans ma sixième année de présidence et je pense que c’est déjà beaucoup. Je n’ai pas envie de m’installer dans une routine administrative et de cumuler des postes, des fonctions. Un lieu qui, théoriquement, lorsque Jacques Chirac a décidé de le mettre en œuvre avec la mission de préfiguration en 2002 — je vois Catherine, qui est en face de moi, et qui est entièrement partie prenante de ce projet depuis l’origine — était effectivement un outil de combat. L’idée n’était pas de mettre en place une sorte de structure institutionnalisée, mais un espace véritablement adaptée aux combats d’aujourd’hui., notamment conte le racisme.

Cette fonction, vous le savez, avait été occupée par Jacques Toubon, pendant de longues années, depuis la mission de préfiguration jusqu’au moment où j’ai été nommé en 2014 pour le premier mandat. Il s’agit d’une fonction qui vise à inciter, à mieux faire connaitre l’histoire de l’immigration, et non à s’intégrer dans un monde culturel bureaucratisé. Ce qui m’a intéressé en venant ici, c’est de livrer des batailles culturelles, intellectuelles. Cela reste pour moi une ligne de vie, d’ailleurs expliqué avec Naïma Yahi l’année dernière, en mai 2018, lorsque j’ai pris ma retraite au cours d’une cérémonie au MuCEM à Marseille. Elle avait organisé cet évènement avec une grande  maestria où se sont succédé les chercheurs qui m’ont connu tout au long de ma vie, et de mon parcours intellectuel et politique.

Je voudrai mentionner un autre élément. J’ai essayé, à travers cette présidence, dans une situation difficile, de porter un certain nombre de batailles. Ce que j’ai voulu faire en venant ici c’était :

Passer à l’inauguration politique de ce lieu qui n’existait pas officiellement au plan politique institutionnel. Ce lieu avait été ouvert en 2006-2007, mais il n’avait donc pas de reconnaissance politique. La bataille était très difficile. Il faire en sorte qu’un Président de la République en exercice puisse venir de manière officielle inaugurer ce lieu.  C’était de la sorte installer  ce lieu dans la durée. Ce n’était pas évident parce qu’il y a eu des hésitations, des réticences. Cela  permettait, nous en avons discuté avec Hélène, de faire en sorte, par ce passage, de la « Cité » au « Musée » que ce soit une installation pérenne et non pas un lieu pouvant disparaître au fur et à mesure des changements politiques.

Un autre objectif, c’était de faire bénéficier le Musée de la lumière médiatique. Faire en sorte que le lieu soit connu médiatiquement. Par les interviews, par les émissions de télévision, par tout ce que j’ai pu faire comme conférences ou autres, que ce lieu soit connu et apprécié. Ce n’était pas du tout jouer là aussi. Les critiques, notamment lorsque ce lieu a été ouvert, étaient très négatives. C’était très difficile parce que le handicap de départ, comme vous le savez, c’est qu’un certain nombre d’historiens avait démissionné de ce musée pour protester contre le « Ministère de l’Identité nationale » en 2007. A partir de là, le lieu était plongé dans une obscurité universitaire, politique et médiatique. Il était rejeté et c’était très compliqué. Je ne me suis pas attardé à la question de ce qu’était ce lieu, avec son origine colonial, avec l’Exposition coloniale de 1931. L’essentiel était de le faire vivre comme un espace de connaissance sur l’histoire de l’immigration. Pour celui qui viendra après moi, la tâche sera précisément de dénouer cette contradiction entre un musée national, discutant des questions migratoires, installé dans un lieu qui valorisait l’entreprise coloniale. C’était un défi et cela reste un défi.

Un autre objectif était d’avancer dans l’actualité. Une des grandes entreprises que j’ai encouragé a été l’année de solidarité avec la vague des migrants qui sont rentrés en Europe, dans l’année 2015. On avait organisé une grande journée de solidarité avec les migrants en 2015. « Douze heures de solidarité ». Un certain nombre d’intellectuels sont venus. Il y avait Dominique Schnapper, Michel Wieviorka, il y a eu des tables rondes. Cela a été aussi un moment fort, parce qu’il a fallu travailler dans l’urgence de l’actualité. Lorsque je suis arrivé en 2014-2016, l’Europe, la France étaient confrontées à une arrivée migratoire importante. Il a fallu par conséquent organiser, et c’était un autre objectif, une série de débats contradictoires sur ces arrivées migratoires.

Une autre bataille que je me suis fixé était de faire en sorte d’inviter un certain nombre d’intellectuels, ici au Palais de la Porte Dorée, à venir débattre de l’immigration. Je citerai quelques noms de personnalités qui sont venus ici, et qui n’étaient jamais venus auparavant, pour débattre. Régis Debray avec qui nous avons eu une discussion très importante sur les frontières, c’était un beau débat. Patrick Weil, avec qui nous avons eu un débat très animé sur la question de la déchéance de la nationalité. D’autres invités qui n’étaient pas forcément en lien avec la question migratoire sont venus. Le débat entre Laurence de Cock et Natacha Polony, sur l’éducation, a été très important. J’ai invité Pierre Nora à venir parler de la question coloniale, et la question migratoire. Je n’ai pas cité toute la liste de tous ceux qui sont venus discuter, y compris François Héran, bien sûr, ainsi que Patrick Boucheron qui est venu débattre ici.

La question de la lumière médiatique, l’inauguration politique par L’État, l’existence de ce lieu comme espace de réflexions et de batailles intellectuelles, ce sont des conditions qu’il fallait poser.  Mais maintenant, le pas supplémentaire à accomplir, quel est-il ? Il faut faire revenir les associations. Au fur et à mesure de la marche en avant de l’institution pour essayer de la faire connaître, de la faire accepter par les autorités, de la faire accepter par le monde intellectuel, par le monde éditorial et littéraire, fait qu’un certain nombre d’associations ait pu se sentir mis à l’écart, dépossédé de cette aventure générale. C’est une évidence. Il faut faire revenir le monde associatif. Au Musée national de l’histoire de l’immigration.

Il y existait, quand je suis arrivé, et je remercie Luc Gruson qui était directeur général, qui a travaillé avec ce qu’on appelle un « réseau ». Le réseau, c’était le monde associatif qui se réunissait de manière régulière, ici au musée de l’immigration. Et qui faisait le point sur ce qui se passait à l’échelle nationale sur la solidarité et l’aide aux migrants. Je me suis aperçu, en faisant un rapport que j’ai rédigé pour le Ministère de la Culture cette année, par un Tour de France sur le rapport entre culture et migrants, qu’il y avait en France un formidable réseau de solidarité avec les migrants. C’est-à-dire qu’il y avait ceux qui se battaient pour alphabétiser, pour aider, pour loger, pour instruire. C’est ce rapport que j’ai remis au Ministre de la Culture.

Nous n’avons pas suffisamment associé les organisations, les associations, le monde militant. C’est une des grandes tâches qui est devant nous. Hélène le sait bien puisqu’elle est elle-même issue de ce mouvement associatif. Il faut aussi remarquer le fait que beaucoup d’associations qui combattent sur la question de l’immigration sont affaiblies.

Comme vous le savez, dès les années 1980, j’ai combattu pour les droits des immigrés dans le mouvement associatif. Je ne veux pas ici citer la liste de toutes les associations dans lesquelles j’ai été présent. Les associations que l’on avait construites pour combattre contre les centres de rétention en 1985 ou 1986 ont disparu. Les associations de défense des travailleurs immigrés, il y en a beaucoup, mais certaines ont disparu. D’autres existent toujours mais sont considérablement affaiblies. En d’autres termes, si on doit faire l’effort de faire revenir ces associations, il faut aussi comprendre que les associations elles-mêmes doivent faire mouvement en proposant des initiatives au musée. Parce que ce musée, ce lieu, doit parler à tous les Français et pas simplement aux immigrés. Ce n’est pas simplement  un lieu pour les immigrés. Mais pour tous les Français qui ne savent pas forcément ce que vivent tous ces immigrés et tous ces exilés. Il faut aussi que les associations, proposent des points de vue, des batailles, qui intéressent et qui parlent au plus grand nombre, à la France entière.

Il faut pour cela toucher le plus grand nombre à travers des outils visuels, audiovisuels, ou de type Internet, utilisés par toute la jeune génération. Je suis frappé par le fait que dans les récents mouvements de la jeunesse d’aujourd’hui, de solidarité notamment, on assiste à des grandes manifestations de soutien et de solidarité sur la question de l’écologie, où les manifestations étaient très importantes, ou sur la question du féminisme, Ce sont les deux questions qui ont mobilisé la jeunesse dans les deux dernières années, que ce soit l’écologie ou la question du rapport hommes-femmes avec le mouvement Me Too. Et les immigrés ? Et la solidarité avec les immigrés ? Et les grandes manifestations de solidarité de la jeunesse avec les immigrés tels que j’ai pu la vivre dans les années 1970 ? Où est cette grande mobilisation de la jeunesse française ou européenne dans la solidarité avec les immigrés ?. C’est une question politique difficile. On doit aussi comprendre que si les associations, les mouvements, les partis, les syndicats ne se mobilisent pas dans la solidarité avec la question des étrangers en France, on ne pourra pas rencontrer de grands succès populaires.  On a à vulgariser, à diffuser, à populariser vie et l’histoire des immigrés. Mais si nous n’avons pas dans la rue les solidarités les plus élémentaires qui s’expriment avec la présence des étrangers en France, s’il n’y a pas des mobilisations de tous ces réseaux dispersés qui existent à l’échelle nationale, la bataille culturelle que nous menons sera difficile. Il faut une volonté politique du gouvernement pour dresser la carte de toutes ces associations, par un site, un portail.

Dans un premier temps, un des objectifs de ce musée est peut-être de dresser la carte de toutes ces activités, des manifestations d’actions de solidarité, pour faire en sorte que cette dispersion puisse être surmontée, pour fabriquer une force de connaissance adressée notamment à la jeunesse d’aujourd’hui. Elle est prête, par émotion, par empathie, à être dans la solidarité. Je l’ai vu, parce que sur la question migratoire il y a une mobilisation dans la jeunesse. Je crois qu’une des tâches futures du musée va être de faire en sorte qu’on puisse dresser toutes ces cartes, tous ces objectifs, et montrer toutes ces forces qui existent.

Je voudrais aussi dire que dans toute cette bataille que nous avons pu mener, il y a eu une augmentation de fréquentation qui est indéniable. Il y a donc une visibilité qui est de plus en plus forte. Je voudrais remercier Hélène, ici à mes côtés, mais aussi toutes les équipes qui ont travaillé là-dessous pour faire en sorte que ce musée puisse fonctionner et se développer.

Récemment bien sûr avec Sébastien Gökalp, il y a Frédéric Callens, Mathias Dreyfuss, Nicolas Treiber, Agnès Roth ou encore Marie Poinsot, qui a fait vivre la revue Hommes et Migrations dans des conditions pas évidentes sur le plan financier. Ce sont des choses importantes. Il y a eu aussi le travail d’audit qui a été fait et remis au Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche sur l’état de l’immigration. Le nombre de travaux qui existent sur l’immigration en France est quelque chose à faire connaître, à populariser, comme le fait Marianne Amar depuis de nombreuses années. On ne part pas de rien.

Je voudrai aussi remercié le directeur de l’Aquarium tropical, Dolmnique Duché, qui s’est constamment battu pour obtenir des succès de fréquentations, et a permis à l’Aquarium de fonctionner harmonieusement dans et avec le Palais de la Porte Dorée.

Remercier les équipes de sécurité présents jours et nuits, et qui sont venus à mon secours lorsque je suis tombé gravement malade au Palais en mai 2016.

Remercier les équipes d’accueil du Musée, ceux comme Christine qui se sont occupés du bâtiment du Palais, et ceux de la Médiathèque qui ont poursuivi leur mission dans des conditions quelquefois difficiles ; ceux qui ont préparé les expositions, ont accompagné les groupes scolaires.

Car il faut aussi se féliciter du succès des expositions. Si des expositions comme « Paris-Londres » ou « Ciao Italia » ont été des expositions réussies par une fréquentation très importante, ou « Fashion mix » avec les grands créateurs de mode étrangers, c’est parce que ce musée s’adresse au grand public. Il doit continuer à s’adresser au grand public et ne pas être un lieu de spécialistes. On a essayé de trouver à chaque fois des outils qui permettaient de toucher le plus grand nombre possible de jeunes. « Paris-Londres », j’ai eu cette idée quand je suis arrivé ici en 2014. Paris et Londres sont deux capitales de deux grands Empires coloniaux et qui connaissent une grande immigration post-coloniale. Mais l’idée la plus intéressante est venue des gens du musée qui ont proposé de présenter cette exposition à travers la musique, entre le Reggae et le Raï. Nous avons organisé un certain nombre de concerts qui permettraient d’attirer l’attention des jeunes d’aujourd’hui sur ce qu’ont été ces grandes expositions, avec Rachid Taha notamment. L’aspect musical de l’exposition a été décisif. Une autre idée que j’ai eu en arrivant était celle sur Picasso, un étranger dans la Cité. Il y a des expositions partout chaque année sur Picasso. Il y a une dimension qui est rarement présente: présenté comme un grand peintre français national ou même espagnol, Picasso était aussi, fondamentalement un migrant. Qui vivait entre plusieurs mondes, plusieurs cultures, y compris par rapport à l’Afrique. Regardez bien les tableaux de Picasso d’avant 1914 ou d’après, l’influence africaine sur les tableaux de Picasso est très importante.

Une de mes grandes initiatives était de faire connaître l’histoire de l’immigration en France en s’adressant au plus grand nombre, et ne pas transformer ce lieu en un lieu fermé de spécialistes. Le problème c’est que si la France est un pays d’immigration, et on a suffisamment essayé de le montrer dans ce musée, elle ne se vit pas vraiment comme un pays d’immigration. Cette contradiction-là, nous avons du mal à la surmonter. On a fait une belle soirée ici, en direct sur France 2, à partir d’un grand documentaire qui s’appelait « Histoire d’une Nation ». Ce plateau en direct, a obtenu un taux d’audience important, puisqu’il y a eu cinq millions de téléspectateurs qui ont regardé cette émission.

Mais cela n’empêche pas cette contradiction persiste : pourquoi, en tant que pays d’immigration, nous nous vivons comme un pays homogène, jacobin, centralisateur ? C’est une question importante, toujours en chantier. Celui qui me succédera devra résoudre cette question difficile. La France est un pays d’immigration. On le disait dans les années 1980 et 1990, on le dit moins aujourd’hui. Il va falloir le dire à nouveau : pourquoi n’accepte-t-on pas le fait qu’on est un pays d’immigration ? Le musée doit poursuivre sa vocation qui est d’intéresser le maximum de Français à leur propre histoire qu’ils ne considèrent pas comme la leur, et qui est pourtant leur histoire. De même, l’histoire coloniale, est une histoire française. Ce n’est pas une histoire séparée. C’est l’histoire des Français et les colonisés qui ont vécu dans l’histoire française. Ce n’est pas une histoire séparée. Toute la difficulté d’affronter l’histoire coloniale c’est d’en faire une histoire séparée. Les colonisés ont vécu sous les lois de la République, de manière inégalitaire. Mais ils ont vécu dans la France. Or le problème des histoires séparées, celui du cloisonnement des histoires, et des séparations de mémoire conduit à la guerre des mémoires. Ce n’est pas un enjeu annexe. Disons aussi, dans les débats d’aujourd’hui, que le multiculturalisme n’est pas un programme, mais une réalité effective, c’est une vie, une vie de tous les jours, et qui doit converger vers un universalisme républicain, dans la conquête et la préservation des droits. C’est ce que le musée doit expliquer en rapport avec l’affirmation des principes de la République, et donc de construire une histoire républicaine qui soit à base d’histoires plurielles.

Je voudrais vous remercier tous d’avoir aidé, accompagné, soutenu ce projet. Et j’ai une pensée particulière pour Mercedes Erra qui, présidente du Conseil d’administration, m’a sans cesse encouragé dans toutes les initiatives décidées, et à mes côtés a grandement participé à la vie de ce Palais.

J’ai annoncé que je partais, pour les raisons que je vous ai indiquées. Et puis il y a le fait que j’ai 69 ans, je vais rentrer dans ma soixante-dixième année. J’ai envie de faire, d’inventer d’autres projets. J’aimerais bien évidemment  que mon successeur soit dans une filiation universitaire, portée sur la connaissance du phénomène migratoire. Mais il ne faut pas oublier que ce lieu a été créé et porté par un homme politique, qui était Jacques Toubon, et qui n’était pas un universitaire. Il y a ce balancement qui existe, et c’est ce qui fait toute la complexité du lieu entre eux, entre scientifiques, universitaires, monde associatif d’un côté, et la politique.

En attendant, je resterai avec vous pour travailler les prochains mois sur cette exposition « Juifs et Musulmans en France au XX e siècle », que Sébastien a proposée. L’objectif, dans la société française d’aujourd’hui, est d’expliquer que les rapports entre Juifs et Musulmans n’ont pas été exclusivement conflictuels, et d’essayer, à travers une exposition comme celle-là, de montrer ce qu’a été une vie commune dans la France d’aujourd’hui. Même s’il y a eu des déchirements, des oppositions, il y a une histoire à préserver avant qu’elle ne s’engloutisse définitivement dans une situation de haine qui est répandue. Il faut aussi servir de contrepoison à cela, et cette exposition a pour objectif d’essayer de montrer, à travers l’histoire, qu’il y a eu des réalisations faites ensemble à travers l’histoire compliquée des relations entre Juifs et Musulmans. C’est bien entendu aussi un objectif de vie qui a été le mien :  toujours faire en sorte qu’on puisse connaître l’autre, qu’on puisse davantage s’intéresser aux autres, et non pas dresser des murs, des barrières, susciter des affrontements. Avancer vers une connaissance, une réconciliation des mémoires.

Je vous remercie et à la prochaine fois pour d’autres aventures intellectuelles.

Hommage à Benjamin Stora, Mucem, Marseille, 31 mai 2018

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