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La guerre invisible, Algérie, années 90

La guerre invisible - Algérie années 90 - Editions, Presses de Sciences Po (7 mars 2001), 125p.

6_la-guerre_invisible_BStora« Un pays meurtri, une guerre qui ne dit pas son nom et des violences et des crimes non signés. Quelle est donc cette inextricable tragédie qui ensanglante l’Algérie depuis bientôt dix ans, suscite à la longue une indifférence à peine voilée et plonge le peuple algérien dans une interminable et indescriptible angoisse ?

 

 

 

Une telle question, non seulement ne cesse d’être posée depuis des années, mais ne semble guère recevoir de réponse convaincante, tant la trame qui préside à ce qu’on a pris coutume d’appeler par euphémisme la « guerre civile d’Algérie » ne ressemble à rien. Si ce n’est à une sorte de maelström ou d’œil du cyclone. Ce n’est pas une guerre classique ou conventionnelle au sens où les polémologues en définissent les caractéristiques, non plus une guerre civile qui oppose forces de l’ordre, c’est-à-dire le pouvoir, a des fractions sociales armées et encore moins celles-ci entre elles. La pertinence de cette cruciale interrogation, c’est Benjamin Stora qui la met en relief dans son livre : « La guerre invisible - Algérie, années 90 ». Quelque cent vingt pages d’un style fort enlevé, alerte, limpide et saisissant. Le scalpel du sociologue, natif du pays, est déployé à longueur de chapitres où l’analyse côtoie avec superbe l’art de la description colorée. Or, il est un concept holistique, celui de l’invisibilité, qui parcourt le récit et qui brouille à loisir toute tentative de décryptage d’une guerre intarissable et inclassable. (…)

 

 

 

 

La démarche de Benjamin Stora est à ce point identique à celle d’un Albert Camus que la tentation n’est pas moins grande de comparer la guerre actuelle à celle qui a déchiré le pays entre 1954 et 1962. Il reste que cette démarche - ou se mêlent interdisciplinarité et sensibilité - nous éclaire désormais sur la nature d’un conflit à nul autre pareil. Une sorte de boîte de Pandore qui dévoile les cruautés et, les représentations intellectuelles et sémantiques aidant, le terrible fracassement d’une nation où se projettent et s’identifient tous les peuples de la région à la manière d’un miroir grossissant. Il faut rendre hommage à Benjamin Stora, parce qu’il a ouvert la boîte hologrammatique (Edgar Morin) de ce conflit, comme aussi aux Editions Tarik Ibn Zyad qui rendent accessible un texte de grande portée théorique. »


Compte-rendu de Hassan Alaoui,
Le Matin du Sahara (quotidien marocain), 2 juin 2001

Hommage à Benjamin Stora, Mucem, Marseille, 31 mai 2018

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