France/Algérie, anatomie d’une déchirure par Thomas Snégaroff et Benjamin Stora, coédition Les Arènes France Inter, 2025
Ce livre est adapté d’un podcast diffusé sur France Inter. Il s’annonce comme la réponse à 45 questions. En fait il est beaucoup plus que cela en ce sens qu’il est très foisonnant et regroupe des matériaux variés dont le plus visible est une grande abondance de cartes, plans et tableaux répartis dans tout le livre.
C’est un aspect de ce qui le caractérise par ailleurs, c’est-à-dire une volonté pédagogique que confirme sa répartition en 6 chapitres dont les titres sont des dates qui se succèdent en ordre chronologique, de 1830 à 2025. Livre d’historiens donc, d’ailleurs bien connus du grand public et ayant valeur de caution.
Cependant d’autres auteurs sont aussi convoqués à la rescousse, parfois célèbres dans l’histoire littéraire, le premier d’entre eux étant Lamartine pour un texte de 1834, bientôt suivi par quelques précisions concernant Victor Hugo.
La réponse aux 45 questions inclut des encarts qui ont valeur de rappel sur des personnages ou des événements, parfois antérieurs au début de la colonisation (« Les pouvoirs du Dey d’Alger », « Napoléon Bonaparte et la régence d’Alger ») ; même si la date de 1830 est forcément celle du premier chapitre, étant à la fois le point de départ de la conquête coloniale et du récit que le livre en fournit (« Une histoire entamée le 14 juin 1830 »).
Le 6ème et dernier chapitre déborde le cadre colonial puisqu’il se situe à la date de 2025. Comme le précise un bref épilogue, la relation entre la France et l’Algérie fait partie d’une histoire vivante et toujours en cours. On pourrait presque dire qu’elle est chaque jour en train d’évoluer, même si —ou justement parce que— la guerre d’Algérie elle-même fait l’objet d’un refoulement officiel et d’une amnésie volontaire.
En dehors des encarts explicatifs, le livre comporte aussi des notes marginales portant sur un mot qu’il s’agit d’expliquer (Kouloughlis, orientalisme…) et qu’on peut retrouver dans le glossaire final.
Enfin chaque chapitre se termine par des informations que les auteurs présentent sous le titre à la fois vague et prometteur « Pour aller plus loin ». Ce sont des textes dont la longueur varie entre une ou deux pages et dont certains sont en effet fort suggestifs : on pense à cet extrait du « Journal » de l’écrivain kabyle Mouloud Feraoun, « Le regard de Mouloud Feraoun à la veille de la bataille d’Alger, 1957 ».
C’est donc un ouvrage pédagogique mais sans être pour autant schématique ni réducteur, du fait de la diversité interne des éléments qui le composent. Faut-il ajouter que celle-ci est soulignée par un choix de couleurs (où le vert abonde) qui réjouit l’œil et facilite l’attention.
La galerie des personnages évoqués, avec portraits et informations biographiques sur chacun d’eux, contribue à l’impression de foisonnement. On se dit que cette histoire entre deux pays a englobé un grand nombre de gens, dont beaucoup étaient des personnalités éminentes et dignes d’admiration. Du fait que nombre d’entre eux ont disparu de manière dramatique et prématurée, un autre sentiment s’en dégage, celui d’une sorte de gâchis. S’ils n’avaient pas été de quelque manière écartés de la scène, ils auraient pu jouer un rôle précieux dans l’émergence de l’Algérie et son passage à l’état national. Mais les deux historiens auteurs du livre ont évidemment raison de nous inviter à ne pas fantasmer !
Denise Brahimi


































































