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Benjamin StoraPar Nabila Amir

Lors de ce colloque international consacré à Hocine Aït Ahmed, l’historien français Benjamin Stora a livré une lecture du rôle d’Aït Ahmed dans l’émergence d’une jeune génération nationaliste radicale après les massacres du 8 Mai 1945.

M. Stora a insisté sur la précocité de son engagement politique. Né en Kabylie, Aït Ahmed est très tôt façonné par le refus de la colonisation et de l’injustice. Bien avant les massacres de 1945, il est déjà reconnu comme un militant engagé. «On pourrait presque dire qu’il était un ‘vieux militant’ alors qu’il était encore très jeune», fait remarquer l’historien, soulignant sa place «précoce» au sein du Mouvement national. Elève brillant, il bénéficie d’un parcours scolaire rare pour l’époque, nourri à la fois par la culture kabyle et la langue française, ce qui lui permet de développer une réflexion politique structurée dès sa jeunesse.

La Seconde Guerre mondiale et le débarquement allié de novembre 1942 provoquent une effervescence politique en Algérie, marquée par la création des Amis du manifeste et de la liberté (AML). Aït Ahmed rejoint alors le PPA-MTLD, et à seulement 22 ans devient membre du comité central, présentant le célèbre rapport de Zeddine, préparant la création de l’Organisation spéciale (OS) et le passage à la clandestinité armée. Pour Stora, la radicalité d’Aït Ahmed est réfléchie et jamais aveugle : elle n’est pas une fin en soi, mais un outil politique au service de la stratégie nationale.

L’historien insiste sur sa volonté constante de subordonner le militaire au politique, rappelant que la lutte armée doit rester un moyen et non un objectif : «Chez Hocine Aït Ahmed, le politique prime toujours sur le militaire : la lutte armée reste un outil au service de la stratégie, jamais une fin en soi.» Aït Ahmed participe aux opérations de l’OS, dont le hold-up d’Oran en 1950, avant de rejoindre l’étranger pour poursuivre la lutte clandestine et s’engager pleinement dans la guerre de Libération à partir de 1954.

Stora souligne également l’importance des Mémoires d’un combattant (1983), qui offrent un regard intime et stratégique sur le Mouvement national, et de son texte sur Emilie Busquant (2003), femme de Messali Hadj, mettant en lumière le rôle des femmes dans la lutte nationale. La dédicace à sa mère et aux femmes algériennes rappelle l’importance centrale de la société civile dans la perpétuation de la culture et de la résistance.

Pour Stora, Aït Ahmed incarne une génération marquée par la brutalité des massacres de Mai 1945, capable d’allier radicalité et stratégie, pensée et action, dans la perspective d’une Algérie libre, unie et démocratique. Sa trajectoire illustre la force d’une radicalité réfléchie, fondée sur l’histoire, la mémoire et l’exigence de cohérence politique.

Nabila Amir

Ouvrages

Hommage à Benjamin Stora, Mucem, Marseille, 31 mai 2018

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