Né à Constantine, l’intellectuel a vécu au plus près le drame par “la solitude de ceux qui l’ont traversé” : Algériens, immigrés, pieds-noirs, juifs, harkis, appelé...
Propos recueillis par SARAH DIFFALAH et NATHALIE FUNÈS
Né à Constantine, l’intellectuel a vécu au plus près le drame par “la solitude de ceux qui l’ont traversé” : Algériens, immigrés, pieds-noirs, juifs, harkis, appelé...
Propos recueillis par SARAH DIFFALAH et NATHALIE FUNÈS
Inauguration d'une sculpture en hommage à l'émir Abdelkader, héros national algérien
L'historien Benjamin Stora a dénoncé samedi "l'obscurantisme et l'ignorance" de ceux qui ont vandalisé la sculpture en hommage à l'émir Abdelkader (1808-1883), appelant à ce que l'inauguration soit maintenue et la statue restaurée.
"C'est consternant", a déclaré à l'AFP l'auteur du rapport sur "Les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d'Algérie", remis à Emmanuel Macron en janvier 2021.
La silhouette de l’émir Abdelkader trône sur les bords de Loire. Une façon d’honorer ce modèle de tolérance, érigé en symbole de réconciliation.
Personnage charismatique, mystique et chef de guerre, l’émir Abdelkader a durablement marqué la ville d’Amboise. Le retentissement de son séjour dépasse largement les murs du château, dans lequel il a été emprisonné.
Samedi 5 février, une sculpture lui rendant hommage sera inaugurée sur les bords de Loire. Un hommage qui répond à une proposition de l’historien Benjamin Stora dans le cadre de la réconciliation mémorielle entre la France et l’Algérie.
Sur les « oppositions intellectuelles à la colonisation et à la guerre d’Algérie », un colloque s’est tenu les 20, 21 et 22 janvier 2022, à l’Institut du Monde Arabe et à la Bibliothèque nationale de France, correspondant à l’une des préconisations du rapport remis au président de la République par Benjamin Stora. Organisé par l’historien Tramor Quemeneur et l’anthropologue Tassadit Yacine, il a été l’occasion d’interventions passionnantes d’une trentaine d’intervenants universitaires, et de riches débats. Ci-dessous, voici la communication de Benjamin Stora à la séance du samedi matin à la BNF.
Juifs d'Orient. Une histoire plurimillénaire
Du 24 novembre 2021 au 13 mars 2022
Institut du Monde Arabe
1, RUE FOSSÉS ST-BERNARD Place Mohammed V , 75005 PARIS 05
Du mardi au vendredi de 10h à 18h
samedi, dimanche et jours fériés de 10h à 19h.
Exposition à l'Institut du Monde Arabe, jusqu'au 13 mars 2022, Orchestrée par Benjamin Stora, une exposition-fleuve raconte pour la première fois l’histoire des Juifs d’Orient dans toute sa richesse et sa complexité.
Un événement.
Dans une vaste exposition, objets, tableaux, bijoux, photos et archives montrent comment, pendant plus de deux mille ans, les Juifs ont vécu au cœur du monde arabe, contribuant à l'élaboration de son histoire. À voir jusqu'au 13 mars, à Paris.
Les voilà qui fusent de toute part. D'une petite pièce de monnaie en bronze utilisée à Jérusalem sous le règne du roi Antigone l'Hasmonéen (80-37 av. J-C.), figurant une ménorah ce chandelier à sept branches symbole du judaïsme. D'une stèle funéraire du IV e siècle aux caractères hébraïques polis par les années, découverte sur le site romain de Volubilis, au Maroc. D'un recueil enluminé de traités de médecine écrits en judéo-arabe vers 1345-1348, venu de Catalogne. D'un coffre en bois peint yéménite réalisé au début du XX e siècle pour abriter les rouleaux de la Torah. D'une éblouissante robe de mariée ottomane de la fin du XIX e , en velours violet brodé de motifs floraux au fil d'or.
Inauguration de l'exposition "Juifs d'Orient" par le Président de la République Emmanuel Macron. Ce lundi 22 novembre, le Président de la République a inauguré l’exposition “Juifs d’Orient” en présence de Jack Lang, Président de l’Institut du monde Arabe, et de Benjamin Stora, Commissaire de l'exposition.
Exposition du 24 novembre 2021 au 13 mars 2022 à l'Institut du monde Arabe. 1, rue des Fossés-Saint-Bernard, Place Mohammed-V 75005 Paris.
Informations : + 33 (0)1 40 51 38 38
Pendant des siècles, des populations juives ont vécu dans le monde arabe aux côtés des musulmans, du Maroc à la Syrie, "une même histoire" que l'Institut du monde arabe (IMA) à Paris raconte à travers une vaste exposition.
Intitulée "Juifs d'Orient, une histoire plurimillénaire" (du 24 novembre au 13 mars 2022), ce projet est le troisième volet d'une trilogie consacrée par l'IMA aux religions monothéistes, après "Hajj, le pèlerinage à la Mecque" en 2014 et "Chrétiens d'Orient, 2000 ans d'histoire" en 2017.
Lors de l'inauguration de l'exposition lundi, Emmanuel Macron a loué une "formidable leçon" de "coexistence", "d'enrichissement mutuel" et "d'échanges entre les monothéismes".
L’historien Benjamin Stora et le dessinateur Nicolas Le Scanff retracent l’épopée de plus de vingt-trois siècles de présence juive dans le pays.
Quoi de mieux que le dessin pour rendre visible et lisible une histoire d’une grande complexité ? Grâce au trait clair de l’illustrateur Nicolas Le Scanff et sur un scénario de l’historien Benjamin Stora se dévoile la mémoire, peut-être inextricable, de la diaspora juive d’Algérie, pays qu’elle a habité au moins vingt-trois siècles durant avant de devoir s’en arracher après la guerre d’indépendance. Une histoire peu racontée sous forme de média illustré, qui a l’avantage de constituer un support pédagogique accessible dès l’âge de 12 ans.
JUIFS ET MUSULMANS
Échanges et différences entre deux cultures
COLLECTIF
Sous la direction d’Abdelwahab Meddeb, Benjamin Stora et Sylvie-Anne Goldberg
Espaces libres-POCHES En librairie le 11 novembre 2021
Soixante ans après la fin de la guerre d’indépendance algérienne, des « passions douloureuses » de part et d’autre de la méditerranée continuent d’entraver la réconciliation des peuples français et algérien.
Alors que je quittais Alger pour Constantine, à une heure à l’est du pays en avion, mon ami Djamel, chauffeur de taxi, « fixeur », m’a prévenu de ne pas dire, à personne, que j’étais juive : « Dis juste que tu es américaine.
« Picasso, l’étranger », Musée national de l’histoire de l’immigration, Paris, novembre 2021, pages 262-264.
Par Benjamin Stora.
Le 8 février 1962, une manifestation organisée par la gauche française pour la paix et l’indépendance de l’Algérie est violemment réprimée au métro Charonne à Paris. Parmi les manifestants qui tentent de se réfugier dans la bouche de la station de métro, huit personnes trouvent la mort, étouffées ou à cause de fractures du crâne, ainsi qu’une neuvième à l’hôpital des suites de ses blessures. L’émotion en France est immense. Un million de Parisiens assisteront aux funérailles des morts de Charonne.
Benjamin Stora et Nicolas Le Scanff publient une “Histoire dessinée des juifs d’Algérie” (La Découverte).
Ou comment lutter, par la beauté de l’image et la rigueur du texte, contre l’amnésie et les tentatives de réécriture.
PAR MARTINE GOZLAN
C'est au fond, l’œuvre de toute une vie : depuis quatre décennies, l'historien Benjamin Stora, natif de Constantine, ne cesse de jeter au-dessus de l'abime des siècles des ponts suspendus, pareils à ceux qui hérissent sa ville natale et surplombent ses ravins : il est lancé dans une quête interminable de la longue durée de la présence juive en Algérie, et des relations, parfois tumultueuses, orageuses, toujours complexes et riches, des communautés juives avec leur environnement arabe et berbère.
Spécialiste de l’Algérie, Benjamin Stora revient sur les moments marquants de la vie publique de l’ancien président, décédé le 17 septembre.
Mort vendredi 17 septembre, l’ancien président algérien Abdelaziz Bouteflika n’aura pas eu le droit à un deuil national, ce qui en dit long sur l’embarras du pouvoir en place. Quelle place donner à cet homme d’Etat tombé en disgrâce après vingt ans à la tête du pays et contraint à la démission le 2 avril 2019 après des semaines d’un puissant mouvement de contestation populaire, le Hirak ?
Lire l'article sur le site lemonde.fr
Le rapport rédigé par l’historien Benjamin Stora, rendu public le 20 janvier 2021, à propos des questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie, répond à une mission que lui a confiée le président de la République. Lors d’une conversation avec Tahar Khalfoune, l’historien et le juriste reviennent sur la réception de ce rapport en France et en Algérie, ainsi que sur les controverses que suscitent ces questions mémorielles. Ils proposent enfin une analyse sur la manière dont cet héritage colonial et cette culture de guerre structurent de part et d’autre l’imaginaire national.
La première fois que j’ai rencontré Abdelmadjid, c’était en 1982 à l’université de Jussieu à Paris, à l’occasion d’un colloque sur les villes en Algérie. J’ai tout de suite été frappé, impressionné par sa vive intelligence, la sureté de ses propos, et son incroyable érudition. Il m’a proposé de venir dans notre ville, sa ville, Constantine. J’ai hésité. J’avais quitté la Cité plantée sur son Rocher vingt plus tôt, avec mes parents, en juin 1962. Je venais juste de soutenir ma thèse sur la vie de Messali Hadj, que Madjid avait lu. Je dirai tout de suite à ce propos que dans les années suivantes, je découvrirai progressivement l’extraordinaire mémoire et connaissance de Madjid, sur tout, ou presque tout : la subtile musique arabo-andalouse, la vie compliquée du nationalisme algérien, les méandres de l’histoire française et sa trajectoire coloniale, la geo-politique internationale….
En 1991, après la diffusion de son documentaire, Des Années algériennes, Benjamin Stora avait pris l’habitude de répondre à ses critiques : « Entreprendre de dire la vérité sur les mémoires, ce n’est assurément pas admettre que les mémoires disent la vérité. » Trente ans plus tard, les mémoires sont toujours à vif. Des « passions douloureuses », c’est ainsi que Benjamin Stora a choisi de nommer la longue histoire qui lie et délie les deux pays et qui concerne directement plus de 7 millions de personnes.
Débattre sur les circonstances d’émergence de l’Étoile nord africaine, (ENA) dans les années 1920 revient à s’interroger sur les origines politiques de l’indépendantisme algérien. L’Étoile a été la première formation algérienne a demander de manière forte et explicite l’indépendance des pays du Maghreb, au moment de sa proclamation officielle le 12 juin 1926.

Il est comme ces auteurs, artistes et autres cinéastes qu’on assigne, cantonne et enferme dans un unique domaine. A la seule évocation de son nom on sait de quoi il va s’agir. Il faut toujours qu’il soit là où on l’attend. Pas de surprise, pas d’effet. Si Benjamin Stora semble ne pas échapper à cette règle immuable, réduit à l’incarnation solitaire de l’Histoire algérienne, il tente d’échapper à cette force centrifuge qui voudrait nous faire croire qu’il n’est que ça, « l'historien de l'Algérie» le cher pays de son enfance juive bercée d’une insouciance en bleu, blanc, rouge.

Comment les livres changent le monde. Épisode 7 : 1961 : Frantz Fanon, "Les Damnés de la terre"
Avec sa fameuse préface de Jean-Paul Sartre, l'ouvrage est un manifeste théorique de lutte contre le colonialisme qui infuse toujours notre époque, cité à la fois par les opposants et les soutiens à l'anti-racisme le plus contemporain.
Fondé par l’association Coup de soleil et l’institut de l’iReMMo, le Maghreb-Orient des livres 2021 s’est tenu, ces 10 et 11 juillet, à l’hôtel de ville de Paris, dans une édition estivale exceptionnelle et très réduite à cause des restrictions sanitaires liées à la pandémie de Covid-19. Les organisateurs ont tenu néanmoins à consacrer, comme le veut la tradition de ce rendez-vous culturel annuel de renom, une partie de son programme à la littérature et à l’histoire algériennes.
EN 1987,paraît le syndrome de Vichy, de l’historien Henry Rousso. Ce travail montre comment faire de l’histoire sur unepage sombre de l’histoire contemporaine française sans se « contenter » de raconter, de révéler des faits. Mais en traquant les tracesde cette période troublée dans le présent immédiat. En faisant de la mémoire restituée un objet pour l’histoire.
par Hugo DUFILS
Benjamin Stora. Une mémoire algérienne, 2020, Robert Laffont, 1088 pages, collection « Bouquins ».
Entre récits individuels et collectifs, écrits autobiographiques, parcours militant et universitaire, ce recueil aide à mieux comprendre l’historien Benjamin Stora.
"L’article 19 du projet de loi relatif à la prévention d’actes de terrorisme et au renseignement vient modifier l’article L213-2 du Code du patrimoine. Ce texte constitue une avancée notable sur la question des documents de plus de 50 ans ayant fait l’objet d’une mesure de classification. Il comporte encore plusieurs aspects qui doivent être précisés.
Marie-Pierre Ulloa, Stanford University, Historienne et sociologue
Benjamin Stora a été auditionné mercredi 5 mai par la commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale, sur son rapport remis au président de la République le 20 janvier dernier. Commandé par Emmanuel Macron en vue de « la réconciliation entre les peuples français et algériens », le travail de l’historien a suscité beaucoup de commentaires. Mais au-delà des mesures préconisées, qui ont largement été débattues, le rapport en tant que texte présente une architecture narrative intéressante, qu’il convient aussi d’analyser.
"Le Rapport Stora est un manuel anti-ressentiment. Contre la rumination du passé qui intoxique et empoisonne le présent, il propose un passage à l'acte où l'apaisement des mémoires pourra se faire par le biais de l'étude et l'éducation. Par des actes concrets. Le but est d'aboutir à une conception de l'histoire comme « patrimoine culturel commun » entre la France et l'Algérie. Cela est largement profitable pour notre avenir – nous autres Algériens et Français – que les jérémiades postcoloniales qui ont tendance à s'imposer aujourd'hui comme un cinquième évangile".
Farid Lounis, Le Quotidien d'Oran, 29 avril, 2021.
A la demande du président de la République, Benjamin Stora a rédigé un rapport sur "les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d'Algérie", accompagné de propositions pour aider à la réconciliation entre les deux peuples. Une mission impossible, nous explique l'historien, si l'on ne remonte pas aux "origines de la conqête et de la dépossession".
Monsieur Stora, né par hasard en Bretagne, en novembre 1987, descendant d'immigrés espagnols débarqués, comme tant de leurs compatriotes, en Oranie au début du siècle dernier pour fuir des conditions d’existence vécues comme intolérables, devenus Français dans une Algérie coloniale, avant d’être définitivement dépaysés en cet été 1962, je viens de refermer votre ouvrage « Les passions douloureuses ».
Monsieur Stora, vous saviez qu’en acceptant cette délicate mission confiée par le Président de la République, Emmanuel Macron, que vous n'aviez que des coups à prendre, que votre navire serait une fois de plus ballotté par les flots, soumis aux vents mauvais, aux rugissants hurlants.
