
Denise Brahimi.
Parmi ses nombreux travaux historiques consacrés à la guerre d’Algérie, Benjamin Stora a plusieurs fois choisi d’étudier les sources particulières qui proviennent de la mémoire visuelle et l’on comprend grâce au livre dont il est question ici ce que signifie cette expression, renvoyant évidemment à des images, dont il existe plusieurs sortes. L’auteur en étudie successivement trois catégories, les images fixes, c’est-à-dire les photographies, les images en mouvement c’est-à-dire le cinéma, et en troisième lieu les images documentaires sous une forme télévisuelle, dont il parle principalement à partir de ses propres travaux. Ce triple fonds est évidemment très riche alors que certains se plaignent encore d’un manque qui n’est véritable que dans quelques cas très précis. Pour le reste, c’est plutôt pléthore, ce qui n’est pas forcément très bon non plus, car il faut alors faire du tri, analyser, et c’est un peu de cela qu’il est question dans la première des trois parties du livre.

L’historien Benjamin Stora signe avec Nicolas Le Scanff une bande dessinée qui raconte un siècle de présence algérienne en France.
Le silence brisé, par Annie Stora-Lamarre. Une traversée des mouvements migratoires juifs des mondes perdus
L'Assemblée nationale française a franchi un autre pas historique dans la reconnaissance des crimes coloniaux durant la guerre de Libération nationale. Il s'agit d'une proposition de résolution qui «condamne la répression sanglante et meurtrière des Algériens commise sous l'autorité du préfet de police Maurice Papon le 17 octobre 1961» à Paris. Approuvé par soixante-sept députés pour, alors que 11 autres ont voté «non», tous membres du parti de Marine Le Pen, cette résolution confirme très officiellement les massacres du 17 octobre, où des centaines de manifestants algériens pacifiques sont tombés en martyrs, suite à une féroce répression de la police coloniale française. Les députés qui ont fait passer le texte ne s'arrêtent pas à la seule reconnaissance et affirmaient «souhaiter (...) l'inscription d'une journée de commémoration (de ce) massacre» à «l'agenda des journées nationales et cérémonies officielles». C'est plus qu'une proposition, puisque la résolution a subi un «travail de réécriture à la virgule près» avec le parti présidentiel et l'Élysée. C'est dire que le texte n'est pas une initiative isolée, mais bel et bien, un acte politique majeur auquel la Présidence française accorde une importance capitale.
En publiant L’arrivée – De Constantine à Paris – 1962-1972
Présentation d'ouvrage - Dans le cadre des Jeudis de l'IMA
Benjamin Stora travaille inlassablement sur la mémoire de la guerre d’Algérie.
Cosigné par le Pr Mohamed Lahcen Zeghidi et le Pr Benjamin Stora, le communiqué final ayant sanctionné la réunion de la commission mixte algéro-française d'historiens, revient sur divers aspects déjà abordés à Constantine. Réunis le 25 janvier dernier aux Archives nationales de Paris, les historiens des deux pays ont déblayé le terrain et mis en lumière certaines propositions censées être suivies d'effets. Sur le sujet des archives, ils ont confirmé «ce qui a été décidé à Constantine, à savoir: la restitution de 5 mètres linéaires d'archives de l'Algérie à l'époque ottomane ainsi que la remise de 2 millions de documents numérisés des archives nationales d'outre-mer», rapporte le document rendu public, hier. Chargée par les deux présidents, Tebboune et Macron, de plancher sur l'aspect mémoriel de la colonisation française en Algérie, cette instance centrale du dialogue algéro-français ne semble pas s'être fixée de tabous. Il reste que son travail sera apprécié à la hauteur de la mise en oeuvre de ses préconisations.
Benjamin Stora : Favoriser un dialogue dépassionné des mémoires française et algérienne. Propos recueillis par Alexis Lacroix
Dans son dernier livre, « l’Arrivée », Benjamin Stora (1950) rappelle dans des fragments de sa biographie personnelle, sa naissance et son enfance en Constantine, dans l'est de l’Algérie, sous l’autorité de son père, proche des figures du mouvement de libération, tout comme son grand-père. Lors de ses pérégrinations dans tous les quartiers d'une ville où les trois religions cohabitaient sans aucune gêne au début de la guerre de libération, il revient sur les divisions qui ont suivi, et la tendance à la séparation entre Algériens au nom de la foi. Dans son livre, il revient également sur sa migration forcée avec sa famille à Paris. Ils ne partent qu'avec huit valises, après que ses grands-parents aient vécu des siècles en Algérie, après avoir vécu une autre éducation en Algérie.
L'année 2024 sera-t-elle celle du réalisme politique et du pragmatisme économique?
Les grands entretiens 2023 - 2024 : Les mémoires blessées. Invité Benjamin STORA pour parler de son livre L’arrivée : récit d’un enfant exilé
Benjamin Stora est historien et professeur émérite des Universités .Ancien président du Musée de l’Histoire de l’Immigration, il est le Président de la Commission Mixte des Historiens français et algériens sur l’Histoire coloniale. Depuis les années 70, Benjamin Stora étudie l’histoire de l’Algérie, où il est né en 1950. Ses travaux d’étude débutent autour de Messali Hadj, grande figure du mouvement indépendantiste. « L’Arrivée » est le troisième ouvrage évoquant l’histoire familiale et personnelle de Benjamin Stora. Une histoire familiale qui dépasse l’intime pour venir se loger dans l’historique et le politique : celle d’une famille juive algérienne, qui quitte Constantine pour Paris en 1962, à la fin de la guerre. L’histoire d’immigrés, qui découvrent le racisme, l’antisémitisme, les taudis et la volonté de s’intégrer. Celle d’un enfant, enfin, qui apprend à taire ses origines.


































































